Le seigneur des anneaux: la communauté de l’anxiété

Temps de lecture: 4 minutes

Tu connais sûrement cette histoire. Un jeune hobbit du nom de Frodon possède un anneau magique qu’il doit aller jeter dans un volcan avant que le seigneur des ténèbres ne s’en empare. Durant 1137 pages, le personnage marche de la maison jusqu’à la montagne. Voilà. C’est tout. Mille cent trente-sept pages de hobbits qui marchent pieds nus vers un fucking volcan en éruption.

Mais, dès les premières pages, quelque chose d’important se passe: Frodon fait de l’anxiété. (Ça, ça me parle beaucoup !)

La quête de l’anneau est trop lourde à porter pour un si petit être. Il fige. Il résiste le départ…

Extrait du seigneur des anneaux:


— Pour dire la vérité, il était très réticent à commencer, maintenant qu’il était arrivé au point: Bag End semblait une résidence de plus en plus désirable depuis des années, et il voulait savourer autant qu’il le pouvait son dernier été dans la Comtée.

« J’ai été tellement absorbé par l’idée de quitter Bag End et de dire adieu, que je n’ai même jamais envisagé la direction », a déclaré Frodon. «Car où dois-je aller? Et par quoi dois-je me diriger? Quelle doit être ma quête? Bilbo est allé chercher un trésor, ici et là encore; mais je vais me perdre et ne jamais revenir, autant que je puisse voir. »

(…)

« Mais en attendant, quel cours dois-je suivre? »


On est tous passés par là. On va tous y repasser.

T’as un projet qui débute. Tu veux commencer ta maîtrise. Tu veux te mettre au sport. Tu veux commencer un régime. Tu désires apprendre la guitare. Tu veux partir en voyage. Tu veux déménager. Tu veux… quelque chose.

Comme Frodon, tu n’arrives pas à partir. T’es perdu. Tu ne sais pas par où commencer. Tu regardes la ligne d’arrivée et elle a l’air si loin. Tellement loin de toi. Des fois, tout ce dont t’as besoin, c’est d’un petit coup de pouce. Un ami, un collègue, un parent ou un magicien.

C’est là qu’arrive le grand sage Gandalf. Il l’informe Frodon qu’il n’est pas obligé de marcher jusqu’au volcan pour y jeter l’anneau. C’est une tâche évidemment trop grande pour un si petit hobbit. Malgré tout, il faut que Frodon parte maintenant. Il faut y aller. Il faut bouger.

 »Le but n’est rien, le mouvement est tout. – Anonyme

Suite de l’extrait:


«(Vous devez aller) Vers le danger; mais pas trop précipitamment ni trop droit », répondit le sorcier. «Si vous voulez mon avis, rendez-vous pour Rivendell. Ce voyage ne devrait pas s’avérer trop périlleux, bien que la route soit moins facile qu’elle ne l’était, et elle s’aggrave au fil de l’année. »

« Rivendell! » Dit Frodon. «Très bien: je vais vers l’Est et je vais me diriger vers Rivendell. J’emmènerai Sam visiter les Elfes; il sera ravi. »Il parla légèrement; mais son cœur fut brusquement ému avec le désir de voir la maison d’Elrond Halfelven, et de respirer l’air de cette profonde vallée où beaucoup de d’elfes habitaient toujours en paix —


La solution pour diminuer l’anxiété est simple quand on y pense. Si une tâche nous parait trop grande, il suffit de la découper en plus petits morceaux faciles à digérer. Faire la route Montréal vers les Îles-de-la-Madeleine? Non, c’est trop loin. Commence par faire Montréal-Québec. Puis, Québec-Rimouski. Passe dire bonjour à Jean-Simon qui vient d’emménager là. Puis, Rimouski vers le Nouveau-Brunswick. Rends-toi jusqu’à Moncton, maintenant. Traverse le pont de la confédération. Rends-toi jusqu’à Charlottetown. Essaie de tougher jusqu’à Souris. Mais oups. T’avais pas fait de réservation pour le bateau. Tu vas devoir attendre et espérer qu’il reste encore de la place…

Penses-y bien. C’est quoi l’action, aussi petite soit-elle, que tu peux faire aujourd’hui ? L’important, c’est que t’avances un peu chaque jour vers ton objectif. Vers ton projet. Perds pas ton temps. Commence maintenant !

Mais je sais. Malgré tout, comme Frodon, toi aussi t’es victime de l’anxiété. La pression d’un projet trop lourd. Même si tu divises bien ton aventure en plus petites aventures, tu vas regarder la haute montagne de temps en temps. Tu vas attraper le vertige. C’est normal. C’est normal d’avoir peur. Mais la peur, elle n’est pas là pour que tu l’évites. Elle est là pour te dire que c’est important ce qui ce passe. Et si tu ne te sens pas prêt à affronter le seigneur des ténèbres: appelle un ami, un taxi, opération Nez Rouge ou Gandalf. Avoir quelqu’un qui t’aide à mettre les choses en perspectives, quelqu’un qui t’écoute sans te juger ou quelqu’un qui te guide, ça aide beaucoup. Parce que la vérité, c’est que t’es pas près. Tu ne le seras jamais.

Par contre, t’es capable de mettre un pied devant l’autre. Ça, c’est simple. Commence par ça.

P.S.: Dans quelques heures, je m’en vais faire ma première retraite de dix jours de méditation silencieuse. Vipassanā. J’ai peur. Très peur. Mais j’ai décidé d’y aller parce que, justement, je suis terrifié… On se reparle bientôt. Salut là!

Et si tu étais une girafe?

Temps de lecture: 4 MIN. 

Selon le Dr. Ali  Binazir les probabilités que J’EXISTE sont de 1 sur 102,685,000  — Oh oui, c’est le nombre 10 suivi par 2,684,999 zéros. (fuck.) Faut comprendre que les chances de gagner à la 6/49 sont de une sur 14 millions. Clairement. T’as plus de chance de gagner au loto que d’exister.

Tout le monde rêve de gagner le gros lot
Pour enfin acheter son bonheur en lingot. 

Pourtant, si tout le monde comprenait que les chances d’être vivant aujourd’hui, en 2020, sont tout simplement nulles. Zéro. Y’a théoriquement AUCUNE CHANCE que tu sois vivant aujourd’hui, en ce moment, sur cette planète. On ne parlera même pas des chances que t’as d’être capable de lire ce que je suis en train d’écrire. T’as la chance de savoir lire. La chance d’avoir un ordinateur, un téléphone, une connexion internet et un endroit où dormir. 

C’est quoi les chances qu’on se croise sur la rue St-Laurent à Montréal? 

Tsé.
Tu pourrais ne pas exister du tout.
Tu pourrais aussi juste être une petite-mini fourmi dans une gigantesque fourmilière.
Être la mouche sur le mur que j’essaie de tuer depuis tantôt.
Être un Nazi qui doit exécuter des ordres qui vont à l’encontre de ses valeurs morales
— Parce que tu as par peur de voir ta famille assassinée et brûlée.
Tu pourrais être un Aztèque qui reçoit la sympathique visite de gentils explorateurs espagnols
Tu pourrais être un Tricératops et voir arriver l’astéroïde qui va causer l’extinction de ton espèce
Tu pourrais être un chien, un chat, une souris…
Tu pourrais aussi être une GIRAFE. 

Penses-y deux secondes.

Le soleil se lève par-delà l’horizon du désert. La fraîcheur du matin va bientôt laisser sa place à une chaleur insoutenable pour la plupart des êtres vivants. En plein cœur de cet endroit, tellement sec que c’est véritablement un miracle de trouver une minuscule goutte d’eau pour s’abreuver, il y a là…

…une girafe.

Près d’un arbre mort.
Elle surveille la mort.

Elle attend la vie. 

Elle est en train de mettre au monde un nouveau petit bébé. Une créature qui a mijoté pendant 14 mois dans un utérus situé à 2 mètres de hauteur au-dessus du sable. Lentement, mais sûrement, le petit sort. 

C’est toi, ça.

Tu sors du ventre de ta mère. T’as même pas le temps d’ouvrir tes yeux. Pas le temps de sentir les premiers rayons chaleureux du soleil sur ta peau. Tu tombes dans le vide. Tu tombes pendant 200 centimètres. Ton corps fait le son d’un sac d’os qui percute un mur de brique, lancé par un adolescent frustré de la vie. 125 livres de chair de poule attachés à un squelette fragile tombant dans la sécheresse des dernières semaines.

Bon matin ! 

Tu ne bouges plus. Des vautours s’approchent en faisant des cercles dans le ciel au-dessus de toi. Le temps est compté. Dans une heure, ta mère s’en va avec ou sans toi. T’as 60 minutes pour apprendre à te tenir debout sur tes quatre pattes. Il faut que t’apprennes à faire fonctionner chaque muscle de ton corps. Faut que t’apprennes à respirer. Si dans une heure t’es toujours pas capable de marcher, elle va te considérer comme mort. 

Pis même si t’es pas mort ! Si t’es incapable de te lever, elle va te tuer elle-même pour t’éviter des souffrances inutiles. Parce que c’est mieux de mourir cassé et brouillé par les sabots de sa propre mère que d’être dévoré vivant.

C’est pas les options qui manquent, question d’être dévoré vivant : les lions, les hyènes rayées, les hyènes tachetées, les léopards, les lycaons et même les crocodiles. Pas de pitié ici. On est dans le désert. Tout le monde est affamé, déshydraté et désespéré.

Le vent du désert se lève.
Lèves-toi toi-aussi au plus vite petit.
Sinon c’est sûr que tu crèves
Les tempêtes de sable ne pardonnent pas, ici. 

Fait que tu te lèves et tu marches.
Maintenant.

Bonne chance avec la vie.

— —

P.S. Quand c’est le temps de la reproduction, le mâle girafe va aller goûter l’urine de la femelle girafe PENDANT qu’elle pisse. En buvant son urine, le mâle va détecter les hormones qui lui diront si la femelle est fertile ou non. Si c’est le cas, le mâle va procéder à la séduction de cette femelle. Pendant ce temps (meanwhile in Canada), moi je peux rester à l’abri dans ma maison et swipper des célibataires fertiles (ou non) à gauche et à droite sur les internets. Fait que j’ai pas besoin de boire l’urine de toutes les filles que je rencontre. 

Merci la vie. #Gratitude

Écrit par Jean-Michel Duclos
Textes revus et corrigés par Marie-Christine Cyr