Mais qu’est-ce que je fais ici? (Mon expérience Vipassana)

– Mais qu’est-ce que je fais ici?

Chaque seconde est une torture interminable. J’ai l’impression que chaque fois que je regarde ma montre, le temps recule. Est-ce que j’ai vraiment besoin de ça? Pourquoi je suis venu m’enfermer ici? Qu’est-ce que mes amis font en ce moment? Esti que je ne suis pas confortable…

Passer dix jours dans une prison pour méditer. C’est long. C’est plate. Je ne suis plus capable… et il me reste encore neuf jours. J’ouvre un œil. Discrètement, je regarde autour. La salle est tamisée. Nous sommes quatre-vingts hommes assis par terre sur des tapis bleus dans un silence total. Quatre-vingts visages perdus entre 18 et 88 ans. Quatre-vingts âmes assises dans la solitude. Je n’ai aucune idée ce qu’ils sont venus chercher ici. Je n’ai aucune idée ce que je suis venu chercher ici.

Peu importe la position que je choisis au départ, après 15 minutes je ne suis plus capable. Mes jambes me font souffrir. J’ai mal au dos. Ça me démange de partout. J’ai faim. J’ai hâte que l’heure de méditation finisse et que le cinq minutes de pause arrive. J’ai soif et j’ai envie de pisser. Je regarde autour. Personne ne bouge. Est-ce que je suis le seul à avoir la bougeotte? À l’autre bout de la salle, un jeune asiatique dans la vingtaine sort de sa transe à son tour. Il ouvre un œil. Il regarde autour. Nos regards se croisent. Complice dans la douleur. Complice dans la fatigue. Je me demande si lui aussi se pose les mêmes questions que moi. Peut-être qu’il se demande à quoi je pense. Probablement qu’il se demande si je me demande à quoi lui il pense. Peut-être qu’il lit dans mes pensées. À quoi pensais-je d’ailleurs? Il faudrait que j’arrête de penser et que je commence à observer ma respiration. Maudit que c’est plate. Combien reste-t-il de temps là? Encore un bon 12 960 minutes avant la fin…

– Mais qu’est-ce que je fais ici?

Les jours passent et je réalise que ça va relativement bien. Tranquillement, je comprends la technique de base. Je réalise au jour quatre, que je peux maintenant rester une heure complète sans avoir besoin de bouger. Je n’ai plus mal nulle part.

À la fin de la journée, j’apprends à observer ce qui se passe dans mon corps. Je ressens des choses que je n’ai jamais senties avant. Je sens ma pulsation cardiaque dans chaque partie de mon corps. Je sens chaque variation de température du sol jusqu’à ma tête. Je ressens les variations atmosphériques dans la pièce. Un frisson me passe de la tête aux pieds et des pieds à la tête comme un doux choque électrique. Je ne comprends pas c’est quoi, mais ça fait du bien.

Je nage déjà dans le bonheur. La journée se termine. J’ai hâte à demain.

Le jour cinq arrive. À cause de mon excitation de la veille, je n’ai pas bien dormi cette nuit. Je décide de foxé un des cours pour aller faire une sieste…

LE RÊVE n.1 – Le Diable.

Je suis debout dans la salle de méditation. Une grande salle blanche. Éclairage tamisé. Sur le sol, 80 tapis de méditation vides et bien cordés. Devant moi, les deux grands trônes en bois de nos deux professeurs. La salle est vide. Je suis seul. C’est le silence.

Une odeur de soufre passe dans mes narines.

Un homme, tout habillé de noir, entre dans la pièce. Il marche vers moi. Il est grand. Son ombre prend beaucoup de place et empêche la lumière de passer.

Je lui dis:
– Va-t’en d’ici le Diable! Tu ne peux plus rien contre moi. J’ai maintenant le contrôle sur mon esprit!

Il s’approche encore.
Je continue:
– Tu ne peux plus rien me faire! Je sais maintenant comment t’ignorer! Va-t’en!

Il lève lentement le bras droit. Son index pointe vers mon cœur.

Alors, il dit:
– Oh. Mais tu n’as aucune idée qu’est-ce que j’ai caché là-dedans.

À ce moment, je ressens quelque chose qui sort de ma poitrine. Je ne sais pas ce que c’est, car c’est caché par mon chandail. Comme une des créatures dans le film ALIEN de Ridley Scott, la chose défonce mon thorax comme un coup de poing. La silhouette se dessine. Ça ressemble à une tête de loup. Ça ouvre la bouche et je vois des dents aiguisées. Puis ça disparaît. L’envie de vomir me prend par la gorge. Je dégueule. Un genre de mille-pattes géant sort de ma bouche. Je ressens la chose traverser ma gorge. L’insecte de deux mètres de long finit par tomber par terre. Il rampe à toute vitesse vers mon tapis de méditation et se cache en dessous. En inspirant, et sous le choque, je me réveil.

De retour dans mon dortoir au centre de méditation. J’ai la gorge qui fait encore mal. Je suis réellement bouleversé par ce rêve. Mais bon, c’est juste un rêve. Non? La cloche qui annonce la prochaine méditation obligatoire se fait entendre. Je m’habille, je sors du bâtiment principal où sont les dortoirs et je marche les 50 mètres dehors, dans la neige, vers le bâtiment de méditation des hommes.

Je m’installe sur mon tapis. Position à genoux, les fesses sur un petit banc en bois. La séance commence.

Lorsque je ferme les yeux, je ressens une pression intolérable sur mon thorax. Je manque d’oxygène et j’ai de la difficulté à respirer. Mon cœur se débat. C’est intolérable. Je tombe, face première sur le plancher, je m’arrête avec mes mains juste à temps. J’ouvre les yeux. La douleur disparaît immédiatement…

Je me repositionne. Je ferme les yeux. La douleur revient sans attendre et je n’arrive toujours pas à respirer. C’est comme si d’un seul coup, je me retrouvais sur le sommet d’une montagne pendant qu’un ours polaire me marchait dessus.

Et c’est comme ça à chaque fois que je m’installe pour méditer…
Toute la journée.

Le lendemain, je prends rendez-vous avec le professeur pour discuter du problème. Ça fait déjà 12 heures que je médite et que chaque seconde est une souffrance. Il me dit de continuer ma bonne pratique. Tout est normal, selon lui. Il suffit que je continue à observer ma souffrance. Sans la juger. Sans changer quoi que ce soit. Sans bouger.

Ça va passer… tout finit par passer.

C’est l’ÉQUANIMITÉ.

Pour la deuxième fois, je n’ai pas dormi de la nuit. La souffrance refuse de disparaître. Équanimité, fuck off! J’essaie de méditer. Je complète difficilement les exercices. Le 3/4 du temps, je me ramasse les deux mains sur le plancher à essayer de trouver mon oxygène. J’ai envie de partir, mais bon.. Quand je suis arrivé ici, j’ai décidé de garder l’accent sur deux choses: suivre les consignes sans rouspéter et garder le maximum de discipline.

Donc, je continue pareil.

Après 3 jours de souffrance, j’en peu plus. Je décide alors de tricher une deuxième fois, car j’ai vraiment besoin de faire une sieste. C’est là que quelque chose d’étrange se passe…

LE RÊVE n.2 – La Maison

Je suis dans une maison. J’ai de la difficulté à me retrouver. J’étais dans le centre de méditation quelques secondes plus tôt. Où est-ce que je suis? Oh. Je comprends. Je rêve! Je commence à peine à reconnaître l’endroit… mais au même instant, je me réveil.

J’ouvre les yeux. Le rêve est fini. Je suis de retour au centre. Mais un instant… c’était la maison à mémé!?La maison où j’ai vécu presque 15 ans… jusqu’à ce que mémé nous quitte.

Je referme les yeux. Immédiatement, je suis de retour dans cet endroit. Là je ne dors plus. Je suis parfaitement réveillé. Je ne suis pas dans un rêve. JE SUIS EN TRAIN DE VIVRE UN SOUVENIR.

C’est une grande maison typique des Îles de la Madeleine. Deux étages avec un grenier et un sous-sol. Je commence par visiter ma chambre. Tout est semblable au jour de mon départ. Je décide que je veux revoir mon adolescence. Alors, les meubles changent de place, les étagères se transforment, des objets laissent leur place à d’autres… J’ai le contrôle conscient sur un souvenir inconscient.

J’ouvre les yeux. Je suis au centre de méditation.
– Qu’est-ce qui ce passe?

Je ferme les yeux. Je suis dans ma chambre.
– Qu’est-ce qui ce passe?

Je prends les objets un à un. Les touches. Les sens. Les regardes…
Tout est là. Chaque souvenir pour chacune de mes années passées ici s’y trouve…

Je décide de visiter la maison. Les autres chambres sont pareil, mais j’i ai moins de souvenirs. Puis la chambre à mémé. Selon les moments que je choisis de revisiter, je la retrouve là qui dort dans son lit, qui s’habille, qui prit, qui regarde par la fenêtre, qui regarde la télé endormie… mais chaque fois, elle est aussi fixe que les meubles. Elle n’est plus vivante. Je vais la retrouver ici et là dans la maison à différentes époques de ma vie. Toujours figée dans le temps.

Je vais fouiller dans le grenier, puis le sous-sol. Deux endroits qui m’ont longtemps terrifié la nuit. Deux endroits où j’ai également trouvé des trésors d’un passé qui ne m’appartenait pas. Que ça soit les uniformes, les médailles, les outils et les souvenirs à pépé, ou même un grand coffre avec des centaines de vieilles bandes dessinées à maman… Tout est là. Tout est plein de couleurs et de détails. Je sens les odeurs dans la maison. La poussière du grenier. Je ressens mes anciennes peurs. Je ressens beaucoup d’énergies dans ce vieux bâtiment.

Je passe devant le vieux piano droit à mémé. Ce piano qui, avant mon temps, a animé de longues veillées traditionnelles dans cette maison. Je n’ai pas vécu ce temps-là. Pour moi, ce piano a toujours été désaccordé. Je n’ai jamais pu en jouer, mais j’aurais vraiment aimé ça. Je me rappelle alors que chaque fois que je passais devant, je faisais un accord de Do bien simple avec trois doigts. Un Do dissonant et désagréable, qui m’a toujours fait rire. Je décide de le jouer.

Le son.
C’est pareil.
Je l’entends aussi claire que si j’y était.
Peut-être que c’est parce que j’y suit.

Alors, comme si je venais de faire la combinaison secrète pour ouvrir ma BAT-CAVE, ma boite à souvenir, ma boîte à émotions… Un puissant frisson me traverse la colonne vertébrale. J’ai les larmes qui montent. Ce piano me manque. Cette maison me manque. Cette époque me manque. Je ne me souvenais pas qu’il y avait autant de choses qui me manquaient.

C’est là que j’entends quelque chose sauter de mon lit et tomber sur le plancher du deuxième étage. Jusque là, j’étais le seul être vivant dans ce souvenir. Ça m’inquiète. J’entends clairement quatre pattes qui courent à toute vitesse au dessus de ma tête. Je pense au monstre qui a essayé de sortir de mon thorax quelques jours plus tôt.

Les quatre pattes descendent les escaliers.
À travers les poteaux de l’escalier, je vois une créature poilue.
Je n’arrive pas à voir c’est quoi.
Finalement, ça s’arrête devant moi, sur la dernière marche de l’escalier.
Ça me regarde droit dans les yeux.
C’est un chien.
C’est une chienne.
C’ÉTAIT ma chienne.

Elle s’appelle Caprice.

– Mais qu’est-ce que TU fais ici?

Caprice court vers moi et me saute dans les bras. Je peux sentir…

(Pendant que j’écris ces mots, je ressens encore physiquement chaque chose décrite. Ça m’a pris quelques jours avant de réussir à trouver le courage de finir cette partie du texte. À chaque mot je me mets à pleurer…)

Je sens son pelage entre mes mains. Chaque poil qui caresse ma peau. Je sens sa langue humide sur ma joue. Je sens son haleine de chien dans mes narines. Je la tiens de toutes mes formes. Elle est contente de me voir, comme si ça faisait…

Ça fait 13 ans qu’on ne s’est pas vue.

– Mais qu’est-ce que tu fais ici!?

J’ouvre les yeux. Je suis au centre de méditation. Je m’assois sur mon lit. Je sens l’émotion montée. Je sens que je vais vomir. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je m’habille en vitesse. Je mets mes bottes et je pars marcher dans le boisé à côté du centre, tout seul.

Cette chienne fut ma meilleure amie. Pendant une certaine période de ma vie, je me suis senti abandonné par tout le monde. L’adolescence étant ce qu’elle est. On ne m’invitait jamais nulle part, car j’étais très timide et j’arrivais difficilement à parler aux gens. Mes amis de l’époque trouvaient des excuses pour ne pas que je vienne ou ne m’en parlaient simplement pas. J’ai passé beaucoup BEAUCOUP de temps seul avec cette chienne. Je lui disais tout. NOUS parlions de longues heures ensemble chaque jour. Je dormais avec elle. Je l’emmenais partout avec moi. Je faisais même des courts-métrages avec elle. C’est la PERSONNE que j’ai le plus aimée dans ma vie. Puis ce sombre soir d’automne 2007 arrive. Je prenais la voiture pour aller à un atelier d’improvisation. J’étais en retard, c’est pourquoi j’ai oublié d’attacher Caprice pour pas qu’elle tente de me suive… ce qu’elle a fait sans hésiter une seconde. Je n’avais pas le temps de m’occuper d’elle. Je l’ai laissé courir. Normalement, quand ça arrivait, elle retournait d’elle-même rapidement à la maison. Mais pas cette foi-là. Une voiture arriva de l’autre côté et lui passa dessus à 70 km/h. Elle mourra sur le coup. J’ai appuyé sur les freins immédiatement et ma voiture a légèrement dérapé. Je ramassais alors son cadavre. J’ai été le porter à la maison. Sans me rentre compte de ce qui venait de se passer. J’ai conduit ma voiture jusqu’à l’atelier d’impro… C’est en me stationnant là-bas que j’ai craqué. J’ai pleuré comme je n’avais jamais pleuré avant (…) Quand je suis revenu à la maison, le cadavre avait disparu. Comme si l’accident n’avait été qu’un mauvais rêve. Mon père l’avait déjà enterré quelque part dans le boisé. Je n’ai jamais su où et je ne voulais pas le savoir non plus.

Je suis seul dans le boisé du centre de méditation. Je me répète en boucle:  »Mais ça n’a pas rapport! C’était quoi ça? Ça n’a pas rapport… »

Alors, je repense au piano et je mime l’accord avec mes trois doigts. Le son du Do dissonant résonne avec force à travers la forêt. Je me retrouve encore avec mon chien dans mes bras. je ressens toujours autant sa présence. Je la tiens dans mes bras. Je commence à pleurer. Je pleure autant que durant ce soir d’automne 2007. Je tombe à genoux dans la neige. Je pleure fort et sans gène. Mes larmes tombent dans la neige et se transforment en petites fleurs de glaces instantanément.

– Mais qu’est-ce que tu fais là!? Pourquoi t’es ici? Je pensais que t’étais parti? Ça à pas rapport. Qu’est-ce que tu fais là!? J’me suis tellement ennuyé de toi! Je m’excuse! Je m’excuse… C’est de ma faute! Je m’excuse tellement! j’aurais dû prendre le temps… j’aurais dû… 

Un rayon de lumière perce les nuages et passe au travers des branches des arbres sans feuilles. Je comprends ce qui se passe. Je comprends ce qui s’est passé. J’essuie mon nez et les larmes sur mon visage. Je regarde Caprice dans les yeux. Je prends une longue respiration. Je la sers fort dans mes bras et lui dis:

– C’est correct… Je t’aime. Je t’aime pour de vrai. Je t’aime encore.
C’est correct… Je ne t’oublierai jamais, c’est promis.
C’est correct…Tu peux partir maintenant.
Tu peux partir, si tu veux…

Si t’en a envie…

Le gong sonne. La prochaine séance de méditation va commencer bientôt. Je me lève et marche lentement vers la salle de méditation. J’entre. J’enlève mes bottes et mon manteau. Je marche vers mon tapis bleu. Je le regarde quelques secondes. Je prends une longue inspiration avant de m’asseoir. Je prends une autre inspiration et j’expire en fermant les yeux.

La séance commence.

Je respire lentement.
Je me sens léger.
Je ne pense plus à rien.
Je me sens bien.
J’ai l’impression de flotter dans l’air.

C’est pour ça que je suis ici.

La Saint-Valentin

Quelque part en 269 après Jésus Christ, un empereur du nom de Marcus Aurelius Claudius Gothicus (dit Claude II le Gothique) interdit les mariages pour pouvoir envoyer plus d’hommes à la guerre. Malgré cette nouvelle loi, il entend parler qu’un homme du nom de Valentin qui célèbre des mariages en toute illégalité. Il ordonne alors l’arrestation de ce Robin des Bois des Amoureux.

En prison, le célébrant reçoit la visite de Julia, une jeune fille aveugle. Chaque jour, Julia emmène de la nourriture à Valentin. En échange, il lui décrit le monde qu’elle n’a jamais vue. Plus le temps passe, plus ils se rapprochent l’un et l’autre. Leur amour devient si puissant que quelque chose d’extraordinaire se passe. Un beau soir, certains témoins rapportent qu’une vive et forte lumière est apparue par la fenêtre de la cellule.

Le lendemain, Julia retrouve la vue.  »Je vois le monde tel que me l’a décrit Valentin! »

L’empereur entends vite parler de la nouvelle. Il n’est pas très content! Il ordonne que Valentin soit roué de coups jusqu’au sang par les légionnaire romains. Par la suite, il lui fait couper la tête sur la voie public…

…le 14 février 269.

L’année suivante, l’empereur et son armée sont victimes de la peste.
Karma is a bitch.

Bonne Saint-Valentin à Tous.

Qu’est-ce que j’ai compris lors de ma retraite silencieuse?

Bonjour l’univers.
Je de retour dans le monde des vivants.
Vous vous posez tous la question:
Qu’est-ce que j’ai appris après une retraite de 10 jours de méditation silence?
Alors voilà.

Combien ça prends de Bouddha pour changer une ampoule?
Un seul.

Mais il ne change pas l’ampoule.
Il enseigne à l’ampoule à atteindre l’illumination par elle même.

J’aurais peut-être dû passer dix jours à focuser sur autre chose… mais bon.

Le reste va suivre prochainement.

À bientôt.

Le seigneur des anneaux: la communauté de l’anxiété

Temps de lecture: 4 minutes

Tu connais sûrement cette histoire. Un jeune hobbit du nom de Frodon possède un anneau magique qu’il doit aller jeter dans un volcan avant que le seigneur des ténèbres ne s’en empare. Durant 1137 pages, le personnage marche de la maison jusqu’à la montagne. Voilà. C’est tout. Mille cent trente-sept pages de hobbits qui marchent pieds nus vers un fucking volcan en éruption.

Mais, dès les premières pages, quelque chose d’important se passe: Frodon fait de l’anxiété. (Ça, ça me parle beaucoup !)

La quête de l’anneau est trop lourde à porter pour un si petit être. Il fige. Il résiste le départ…

Extrait du seigneur des anneaux:


— Pour dire la vérité, il était très réticent à commencer, maintenant qu’il était arrivé au point: Bag End semblait une résidence de plus en plus désirable depuis des années, et il voulait savourer autant qu’il le pouvait son dernier été dans la Comtée.

« J’ai été tellement absorbé par l’idée de quitter Bag End et de dire adieu, que je n’ai même jamais envisagé la direction », a déclaré Frodon. «Car où dois-je aller? Et par quoi dois-je me diriger? Quelle doit être ma quête? Bilbo est allé chercher un trésor, ici et là encore; mais je vais me perdre et ne jamais revenir, autant que je puisse voir. »

(…)

« Mais en attendant, quel cours dois-je suivre? »


On est tous passés par là. On va tous y repasser.

T’as un projet qui débute. Tu veux commencer ta maîtrise. Tu veux te mettre au sport. Tu veux commencer un régime. Tu désires apprendre la guitare. Tu veux partir en voyage. Tu veux déménager. Tu veux… quelque chose.

Comme Frodon, tu n’arrives pas à partir. T’es perdu. Tu ne sais pas par où commencer. Tu regardes la ligne d’arrivée et elle a l’air si loin. Tellement loin de toi. Des fois, tout ce dont t’as besoin, c’est d’un petit coup de pouce. Un ami, un collègue, un parent ou un magicien.

C’est là qu’arrive le grand sage Gandalf. Il l’informe Frodon qu’il n’est pas obligé de marcher jusqu’au volcan pour y jeter l’anneau. C’est une tâche évidemment trop grande pour un si petit hobbit. Malgré tout, il faut que Frodon parte maintenant. Il faut y aller. Il faut bouger.

 »Le but n’est rien, le mouvement est tout. – Anonyme

Suite de l’extrait:


«(Vous devez aller) Vers le danger; mais pas trop précipitamment ni trop droit », répondit le sorcier. «Si vous voulez mon avis, rendez-vous pour Rivendell. Ce voyage ne devrait pas s’avérer trop périlleux, bien que la route soit moins facile qu’elle ne l’était, et elle s’aggrave au fil de l’année. »

« Rivendell! » Dit Frodon. «Très bien: je vais vers l’Est et je vais me diriger vers Rivendell. J’emmènerai Sam visiter les Elfes; il sera ravi. »Il parla légèrement; mais son cœur fut brusquement ému avec le désir de voir la maison d’Elrond Halfelven, et de respirer l’air de cette profonde vallée où beaucoup de d’elfes habitaient toujours en paix —


La solution pour diminuer l’anxiété est simple quand on y pense. Si une tâche nous parait trop grande, il suffit de la découper en plus petits morceaux faciles à digérer. Faire la route Montréal vers les Îles-de-la-Madeleine? Non, c’est trop loin. Commence par faire Montréal-Québec. Puis, Québec-Rimouski. Passe dire bonjour à Jean-Simon qui vient d’emménager là. Puis, Rimouski vers le Nouveau-Brunswick. Rends-toi jusqu’à Moncton, maintenant. Traverse le pont de la confédération. Rends-toi jusqu’à Charlottetown. Essaie de tougher jusqu’à Souris. Mais oups. T’avais pas fait de réservation pour le bateau. Tu vas devoir attendre et espérer qu’il reste encore de la place…

Penses-y bien. C’est quoi l’action, aussi petite soit-elle, que tu peux faire aujourd’hui ? L’important, c’est que t’avances un peu chaque jour vers ton objectif. Vers ton projet. Perds pas ton temps. Commence maintenant !

Mais je sais. Malgré tout, comme Frodon, toi aussi t’es victime de l’anxiété. La pression d’un projet trop lourd. Même si tu divises bien ton aventure en plus petites aventures, tu vas regarder la haute montagne de temps en temps. Tu vas attraper le vertige. C’est normal. C’est normal d’avoir peur. Mais la peur, elle n’est pas là pour que tu l’évites. Elle est là pour te dire que c’est important ce qui ce passe. Et si tu ne te sens pas prêt à affronter le seigneur des ténèbres: appelle un ami, un taxi, opération Nez Rouge ou Gandalf. Avoir quelqu’un qui t’aide à mettre les choses en perspectives, quelqu’un qui t’écoute sans te juger ou quelqu’un qui te guide, ça aide beaucoup. Parce que la vérité, c’est que t’es pas près. Tu ne le seras jamais.

Par contre, t’es capable de mettre un pied devant l’autre. Ça, c’est simple. Commence par ça.

P.S.: Dans quelques heures, je m’en vais faire ma première retraite de dix jours de méditation silencieuse. Vipassanā. J’ai peur. Très peur. Mais j’ai décidé d’y aller parce que, justement, je suis terrifié… On se reparle bientôt. Salut là!

Et si tu étais une girafe?

Temps de lecture: 4 MIN. 

Selon le Dr. Ali  Binazir les probabilités que J’EXISTE sont de 1 sur 102,685,000  — Oh oui, c’est le nombre 10 suivi par 2,684,999 zéros. (fuck.) Faut comprendre que les chances de gagner à la 6/49 sont de une sur 14 millions. Clairement. T’as plus de chance de gagner au loto que d’exister.

Tout le monde rêve de gagner le gros lot
Pour enfin acheter son bonheur en lingot. 

Pourtant, si tout le monde comprenait que les chances d’être vivant aujourd’hui, en 2020, sont tout simplement nulles. Zéro. Y’a théoriquement AUCUNE CHANCE que tu sois vivant aujourd’hui, en ce moment, sur cette planète. On ne parlera même pas des chances que t’as d’être capable de lire ce que je suis en train d’écrire. T’as la chance de savoir lire. La chance d’avoir un ordinateur, un téléphone, une connexion internet et un endroit où dormir. 

C’est quoi les chances qu’on se croise sur la rue St-Laurent à Montréal? 

Tsé.
Tu pourrais ne pas exister du tout.
Tu pourrais aussi juste être une petite-mini fourmi dans une gigantesque fourmilière.
Être la mouche sur le mur que j’essaie de tuer depuis tantôt.
Être un Nazi qui doit exécuter des ordres qui vont à l’encontre de ses valeurs morales
— Parce que tu as par peur de voir ta famille assassinée et brûlée.
Tu pourrais être un Aztèque qui reçoit la sympathique visite de gentils explorateurs espagnols
Tu pourrais être un Tricératops et voir arriver l’astéroïde qui va causer l’extinction de ton espèce
Tu pourrais être un chien, un chat, une souris…
Tu pourrais aussi être une GIRAFE. 

Penses-y deux secondes.

Le soleil se lève par-delà l’horizon du désert. La fraîcheur du matin va bientôt laisser sa place à une chaleur insoutenable pour la plupart des êtres vivants. En plein cœur de cet endroit, tellement sec que c’est véritablement un miracle de trouver une minuscule goutte d’eau pour s’abreuver, il y a là…

…une girafe.

Près d’un arbre mort.
Elle surveille la mort.

Elle attend la vie. 

Elle est en train de mettre au monde un nouveau petit bébé. Une créature qui a mijoté pendant 14 mois dans un utérus situé à 2 mètres de hauteur au-dessus du sable. Lentement, mais sûrement, le petit sort. 

C’est toi, ça.

Tu sors du ventre de ta mère. T’as même pas le temps d’ouvrir tes yeux. Pas le temps de sentir les premiers rayons chaleureux du soleil sur ta peau. Tu tombes dans le vide. Tu tombes pendant 200 centimètres. Ton corps fait le son d’un sac d’os qui percute un mur de brique, lancé par un adolescent frustré de la vie. 125 livres de chair de poule attachés à un squelette fragile tombant dans la sécheresse des dernières semaines.

Bon matin ! 

Tu ne bouges plus. Des vautours s’approchent en faisant des cercles dans le ciel au-dessus de toi. Le temps est compté. Dans une heure, ta mère s’en va avec ou sans toi. T’as 60 minutes pour apprendre à te tenir debout sur tes quatre pattes. Il faut que t’apprennes à faire fonctionner chaque muscle de ton corps. Faut que t’apprennes à respirer. Si dans une heure t’es toujours pas capable de marcher, elle va te considérer comme mort. 

Pis même si t’es pas mort ! Si t’es incapable de te lever, elle va te tuer elle-même pour t’éviter des souffrances inutiles. Parce que c’est mieux de mourir cassé et brouillé par les sabots de sa propre mère que d’être dévoré vivant.

C’est pas les options qui manquent, question d’être dévoré vivant : les lions, les hyènes rayées, les hyènes tachetées, les léopards, les lycaons et même les crocodiles. Pas de pitié ici. On est dans le désert. Tout le monde est affamé, déshydraté et désespéré.

Le vent du désert se lève.
Lèves-toi toi-aussi au plus vite petit.
Sinon c’est sûr que tu crèves
Les tempêtes de sable ne pardonnent pas, ici. 

Fait que tu te lèves et tu marches.
Maintenant.

Bonne chance avec la vie.

— —

P.S. Quand c’est le temps de la reproduction, le mâle girafe va aller goûter l’urine de la femelle girafe PENDANT qu’elle pisse. En buvant son urine, le mâle va détecter les hormones qui lui diront si la femelle est fertile ou non. Si c’est le cas, le mâle va procéder à la séduction de cette femelle. Pendant ce temps (meanwhile in Canada), moi je peux rester à l’abri dans ma maison et swipper des célibataires fertiles (ou non) à gauche et à droite sur les internets. Fait que j’ai pas besoin de boire l’urine de toutes les filles que je rencontre. 

Merci la vie. #Gratitude

Écrit par Jean-Michel Duclos
Textes revus et corrigés par Marie-Christine Cyr

Demander la permission à Mozart

Il y a une vieille rumeur qui court depuis un petit bon de temps. Genre trois siècles. T’sé quand une rumeur s’acharne comme ça, c’est que ça doit être vrai ! Dans tous les cas, aux Îles-de-la-Madeleine, c’est comme ça que ça marche. Bref.

Il paraîtrait qu’à la fin de sa vie, le compositeur Mozart aurait pris sous son aile un jeune prodige. L’étudiant aidait Mozart pour divers travaux de copies et de transcriptions musicales. Voyant que son maitre était très satisfait par son travail, il lui demande la permission d’écrire une symphonie. 

Mozart aurait déclaré : «C’est une forme difficile et complexe. Je suggère que vous écriviez d’abord quelques sonates pour clavier, et peut-être un quatuor à cordes ou deux, avant de commencer à penser à écrire une symphonie. »

« Mais Maitre Mozart », a insisté l’étudiant, « vous écriviez des symphonies quand vous étiez bien plus jeune que moi. »

Mozart a répondu: « Oui, mais moi, je n’ai jamais demandé la permission à personne! »

Voilà. C’est dit. Arrête d’attendre. Amuse-toi. Fais ce que tu veux. Bonne année !

 

Écrit par Jean-Michel Duclos
textes revus et corrigés par Marie-Christine Cyr

L’homme qui cherchait sa chance

L’Homme qui cherchait sa chance. Une histoire qui a changé ma vie. C’est un conte traditionnel que j’ai entendu dans une soirée de contes à Montréal (Les Dimanches du Conte) et qui m’a profondément marqué. Raconté au départ par Éric Gauthier, cette version est la mienne. Le truc, c’est que j’ai réinventer une parti de l’histoire sur une serviette de table 5 minutes avant d’embarquer et j’ai improvisé plusieurs nouveau éléments dans le feu de l’action. En plus d’avoir complètement perdu la voix quelques jours avant. Il y a un truc magique qui s’est passer durant cette performance. J’ai couper mon intro du début qui durait 6 minutes. (Clairement inutile et trop long!) C’est pas mal la seul correction que j’ai fait. J’avais envie de garder l’intégralité de la performance pour mes archives personnelles. J’ai finalement décidé de partager ça. Mon laboratoire audio est là pour ça. Explorer et avoir vos commentaires. Bonne écoutes!

L’homme qui cherchait sa chance

 

Coupable (2013) expérience audio

En fouillant dans mes courts métrages, j’ai découvert quelques bijoux. Je me suis mis a écouter mes films SANS l’image pour découvrir un nouveau monde. J’avais vraiment créé un univers sonore qui, je trouve, est beaucoup plus riche que le video. Alors met te Headphones pis enjoy the ride! Voici COUPABLE.

Avec Nathaël Molaison (voix et texte) et Pierre-Alexandre Déraspe (voix principale)

https://anchor.fm/hakapik/episodes/COUPABLE-2013-e3vhj6