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What a fatras (La fille à Jean-Louis: épisode 1)

Un soir d’automne, j’ai décidé d’écrire un texte. J’ai commencé à fouiller dans le glossaire madelinot et de me laisser inspirer par les mots de mes ancêtres… Voici l’épisode un d’une série de palâbres sur des personnages imaginaires.

*Les mots en gras sont des mots ou des expressions originaires des Îles-de-la-Madeleine.
Voir plus bas pour la traduction Madelinot-Français.


Emmène-woir la bouteille de rhum
Que j’gère ça comme un homme
Au pire un gros cruchon de bagosse
Histoire de tougher la run


Hier j’ai passé au hachis
Quand la mère de ma mère m’a surpris
Ressoud‘ avec la fille à Jean-Louis
Sur la gabarre, passé minuit


Elle m’a largué une couple d’éloises
Pour m’encalmer la jeunesse de l’ardeur
Dans la méprisance de son savoir
Elle m’a dit en choeur


 »As-tu vue son atricure?
C’est what a drôle d’amanchure
Je l’amarrerais ben sur le bout du tchai
Tellement elle me fait gorziller »


fait qu’on s’est enfuit en bateau
Dans le bout de la Light du Borgot
What a débarque, t’es pas peureux
Perdus dans le Chemin des Amoureux


Mais si son père ressoud icitte
Il va nous faire what a fatras
Dans le buttereau on se cachera
Le temps que la tempête s’amolzisse


On est couché dans le foin de dune
Son corps est en neige, pis l’mien est en feu
Les vaches nous regardent une à une
J’te dit que y’a d’l’amour à bout d’yeux!


En voulant faire une petite vite
On a fait peur au petit veaux
Mémé en godême de criss
Elle à voulu me lever la peau


J’ai été pleurer à l’échouerie
En attendant le vent du suroît
Mais as-tu su ce qu’il m’a dit?
Pas mal juste des grands armanas


Emmène-woir la bouteille de rhum
Que j’gère ca comme un homme
Au pire un gros cruchon de bagosse
Histoire de tougher la run

Les Sangsues

 »Je désires la popularité »
C’est ce que j’ai écrit il y a 15 ans
Dans mon album des finissants


J’étais timide et prudent
J’avais envie de me sentir aimé.
J’avais envie d’être accepté

…par tout le monde.

Mais quelque chose s’est passé
Ça s’appel le temps
Ça s’appel explorer les idées
J’ai fait ma confirmation

La popularité vient avec ses responsabilités
Les gens compte sur toi
Ils pensent que t’es une divinité
Que t’as ce pouvoir spécial qu’ils n’ont pas

Ils s’agrippent alors à toi
Comme des sales sangsues
Qui sucent ton sang sans but

Ils s’agrippent encore à toi
Comme des compagnies pétrolières affamé
Par l’appât du gain de ta popularité

Quitte à devenir socialement inadapté
Car mieux vaut être mal accompagné
Que seul et en plein divorce
Car c’est le nombre qui fait la force

T’es juste populaire, pour l’instant
Les sangsues comptent sur toi
Et si tu sais pas quoi faire avec ça
Tu va te faire sucer tout ton sang

…par tout le monde.


Références et inspirations ici

Navigateur

Demain, nous quitterons la terre
Je vous emmène mes frères
À la grâce de Dieu.

Explorateur de la noirceur
Je caresses mes obscures douleurs
Je ne sais pas, pas du tout, où je m’en vais
Je recherche un passage dans ce pénible marais

Pour récolter, à travers cette boue
Pour trouver la lumière au bout
Au risque de devenir fou

Je suis navigateur de l’esprit
Sombré dans l’oublie

Laissez moi vous guider
À travers cette mer agitée
Même si j’ai souvent échoué

Le pire est derrière
Alors, Fermez vos paupières
Car, j’ai trouver la lumière

Demain, nous trouverons la terre
Je vous emmène mes frères
À la grâce de Dieu.


pour Voir le texte original caché dans mon cahier à dessin

Journée Spéciale

Aujourd’hui est une journée spéciale
Car dans tout l’étalement spatiale de l’humanité
L’espace occupé par ton corp qui s’étale
Est éclairé par un soleil en pleine santé

Combien de gens ne pourront jamais toucher cette chaleur?
Combien de réfugiés n’entendront jamais ce silence?
Combien d’enfants ne verront jamais l’adolescence?
Combien de victimes ne sentiront jamais rien d’autre que la peur?

Regarde autour de toi
Regarde la chance que t’as.

Pendant qu’un milliard d’humains souffre
Tous sales et brisés au fond du gouffre
Les mains coupées pour avoir dit  »liberté »
Puis torturé pour avoir espéré

Avoir la santé est une richesse
Profites-en le temps que ça dur
Et si t’as accès à internet haute-vitesse
Rendu là, t’es pas mal gras dur

Regarde autour de toi
Regarde la chance que t’as.

Tu pourrais passer la journée à éviter des bombes
Le corps, comme un désert, sous un soleil qui plombe
Tu pourrais dormir sur un trottoir entre deux seringues
Le corps, comme une guerre, devant un ennemis impossible a vaincre.

Regarde autour de toi
Regarde la chance que t’as.

Profites-en.


Inspiration et audio

Engagez-moi

Engagez-moi quelqu’un
Sur la bonne route
J’aimerais ça que demain
S’arrête toutes mes doutes

Engagez-moi quelqu’un
Sur la bonne longueur d’onde
Pour que je sois certains
Que ça va mal dans le monde

Engagez-moi le cerveau
Dans le muscle de la conscience
COmme un troupeau de taureau
Qui courent dans tous les sens

Engagez-moi le cerveau
Jusqu’à ce que ça pense
Tout seul sur les mots
Et dans mon indépendance

Engagez-moi le corps
Du christ au plus vite
Ca fait longtemps que je dors
Dans des rêves qui s’effritent

Engagez-moi le corps
Dans un choc électrique
Quand la vérité mord
Faut changer de chapitre

Engagez-moi les yeux
Jusqu’à ce que je vois rouge
À cause d’un ministre véreux
Qui refuse que ca bouge

Engagez-moi les yeux
Que je vois plus claire
À travers les mensonge vaporeux
Qui circulent dans l’air

Engagez-moi les points
Que j’confronte mes ennemis
Dans une bataille sans fin
Contre un système pourri

Engagez-moi les points
Que le les lances dans les airs
Contre tous ces crétins
Qui nous donnent de la misère

Engagez-moi le courage
Que je saute dans le vide
Pour traverser l’orage
Faut être prêt à mourir

Engagez-moi les jambes
Que je me tienne deboutte
Avec me sidées qui dérange
Dans ces moments de doutes

Engages mes poumons
Loin du smog éternel
Qui cause l’érosion
De tous vos gratte ciels

Engagez-moi les cheveux
Dans un coup de vent salé
Le bonheur est heureux
Quand souffle la liberté

Engagez ma parole
J’ai des choses à dire
Des beau mots, des phrases folles
Et quelques Oui-dire

Engagez ma parole
Le temps d’une chanson
Exprimer mon ras-le-bol
De voir que le monde est con


Écouter le démo audio

Les Internets

Les Internets (2020)

Les chats me font rire et oublier mes problèmes
J’oublie même sur mes murs tous ces messages de haines
Pendant que algorithme puissant déconstruit ma vie
Et qu’on vend mon âme aux plus riches compagnies

Cette chanson ne parle pas des chats qui nous entourent
Mais de toute ma vie privée qui vient de brûler dans le four
Ch’comme un rat de laboratoire dans un sous-sol oublié
Du pavillon de psychologie de l’université 

Pendant que je suis collé sur mon écran pis que je me brise le cou
J’me croche les pieds dans le ciment pis je me scrap les genoux
Parce que mon GPS me dit où aller
Et l’influenceur me dit quoi acheter

Et même si j’ai l’impression d’avoir ma pleine conscience
Ça me bourre de dopamine pour éviter que je pense
Parce que je suis le produit de consommation de cette industrie
Ça me bourre de rage, de peur et ça me dit: Take it easy!

Alors moi je regarde des chat faire des tours sur les internets 
Ça me fait sourire à chaque jour sur les internets

Donnez-moi ma pilule, j’ai besoin d’être accepté
Il y a tu quelqu’un qui m’aime dans cette société?
Parce que j’ai besoin de vos commentaires
Pour sonner la cloche de mon cellulaire

Fait que quand j’ai rien à faire j’émet mon opinion
Sur des sujets que je connais pas vraiment
Je copie les citations des plus grands penseurs
Dans un contexte absurde pour gagner quelques coeurs

On se bats tous pour l’attention dans cet enclos électrique
À grands coup de bottes dans la face pour faire monter les chiffres
Plus j’agis comme un con, plus j’attire l’attention
Et ça me remplit de satisfaction!

J’arrive pu à comprendre les autres être humains
J’ai perdu l’empathie en m’en lavant les mains
Je suis noyé par la négavité
Fait longtemps que le bonheur il m’a échappé…

Alors moi je regarde des chat faire des tours sur les internets 
Ça me fait sourire à chaque jour sur les internets

Des milliers de faux profils pour attirer les regards
Même sur les sites de rencontre où le sexe se fait rare
Car les faux humains ils sont partout
Les amis sont imaginaires à la maison des fous

Même si je sais que l’algorithme me rend malheureux
Mon esprit de compétition me garde dans le jeux
On est tous addicte aux réseaux sociaux
On n’a aucune arme pour combattre ce fléaux

Bienvenu à cette compétition mondial
Où on est 9 milliards à vouloir la médaille
Dans se casino où t’es sûr de perdre
Chaque jour tu t’enfonce un peu plus dans la merdre

Pendant que l’algorithme puissant s’enrichie bien
Avec toute l’information que tu ya donné pour rien
C’est l’algorithme qui décide pour ta politique
Parce que ta vie se résume à une statistique

Gloire en l’algorithme puissant
Qui construit l’humain à sa façon
Gloire en l’algorithme éternel
C’est lui qui choisi qui est-ce qui monte jusqu’au ciel

Gloire en l’algorithme puissant
Qui construit l’humain à sa façon
Gloire en l’algorithme éternel
C’est lui qui choisi qui est-ce qui aura un nuage au ciel

Fait que les chats me regardent faire des tours sur les internets
Je les fais sourire à chaque jour sur les internets!


inspirations et Bibliographie

Audio: Swipe à droite 2017 (13 chansons pour mes matches)

UPDATE 2021: Les chansons sont maintenant disponible sur Spotify, itune et toutes les autres plateforme de streaming!

 

En 2017, je m’étais lancé un drôle de défi artistique: écrire une nouvelle chanson originale pour chacun de mes matches sur les sites de rencontres.

C’était bien le fun, mais pour une raison un peu mystérieuse (ou simplement parce que je traversais un moment difficile) j’ai tout supprimé de l’internet. Je trouvais ça mauvais et sans intérêt, j’avais honte. Après ça, j’ai tout oublié… Quelques années plus tard, je suis enfermé chez moi à cause d’un virus qui circule dans l’air. Je tombe alors sur un disque dur externe que je n’avais pas ouvert depuis 2017.

Évidemment, TOUTES LES CHANSONS SONT LÀ!

Dans cette playlist, vous pouvez écouter 13 chansons totalement originales écrites pour des filles que je n’ai jamais rencontrées (ou presque). Bonne écoute!

 

Vidéo: Après cinq belles années enfermé dans mes archives… Le Crabe Géant!

Trouvé dans mes archives en ce beau dimanche de pâques: Court-métrage d’horreur réalisé en 2015. Inspiré par une fausse bande annonce réalisé en 2006.

Synopsis: Un couple vient passer leurs vacances d’été aux Îles de la Madeleine. Ils décident d’aller camper sur la plage. Malheureusement, une créature dangereuse et affamé les attends là…

L’autre court-métrage muet du Crabe Géant réalisé en 2012:

Mais qu’est-ce que je fais ici? (Vipassana)

– Mais qu’est-ce que je fais ici?

Chaque seconde est une torture interminable. J’ai l’impression que chaque fois que je regarde ma montre, le temps recule. Est-ce que j’ai vraiment besoin de ça? Pourquoi je suis venu m’enfermer ici? Qu’est-ce que mes amis font en ce moment? Esti que je ne suis pas confortable…

Passer dix jours dans une prison pour méditer. C’est long. C’est plate. Je ne suis plus capable… et il me reste encore neuf jours. J’ouvre un œil. Discrètement, je regarde autour. La salle est tamisée. Nous sommes quatre-vingts hommes assis par terre sur des tapis bleus dans un silence total. Quatre-vingts visages perdus entre 18 et 88 ans. Quatre-vingts âmes assises dans la solitude. Je n’ai aucune idée ce qu’ils sont venus chercher ici. Je n’ai aucune idée ce que je suis venu chercher ici.

Peu importe la position que je choisis au départ, après 15 minutes je ne suis plus capable. Mes jambes me font souffrir. J’ai mal au dos. Ça me démange de partout. J’ai faim. J’ai hâte que l’heure de méditation finisse et que le cinq minutes de pause arrive. J’ai soif et j’ai envie de pisser. Je regarde autour. Personne ne bouge. Est-ce que je suis le seul à avoir la bougeotte? À l’autre bout de la salle, un jeune asiatique dans la vingtaine sort de sa transe à son tour. Il ouvre un œil. Il regarde autour. Nos regards se croisent. Complice dans la douleur. Complice dans la fatigue. Je me demande si lui aussi se pose les mêmes questions que moi. Peut-être qu’il se demande à quoi je pense. Probablement qu’il se demande si je me demande à quoi lui il pense. Peut-être qu’il lit dans mes pensées. À quoi pensais-je d’ailleurs? Il faudrait que j’arrête de penser et que je commence à observer ma respiration. Maudit que c’est plate. Combien reste-t-il de temps là? Encore un bon 12 960 minutes avant la fin…

– Mais qu’est-ce que je fais ici?

Les jours passent et je réalise que ça va relativement bien. Tranquillement, je comprends la technique de base. Je réalise au jour quatre, que je peux maintenant rester une heure complète sans avoir besoin de bouger. Je n’ai plus mal nulle part.

À la fin de la journée, j’apprends à observer ce qui se passe dans mon corps. Je ressens des choses que je n’ai jamais senties avant. Je sens ma pulsation cardiaque dans chaque partie de mon corps. Je sens chaque variation de température du sol jusqu’à ma tête. Je ressens les variations atmosphériques dans la pièce. Un frisson me passe de la tête aux pieds et des pieds à la tête comme un doux choque électrique. Je ne comprends pas c’est quoi, mais ça fait du bien.

Je nage déjà dans le bonheur. La journée se termine. J’ai hâte à demain.

Le jour cinq arrive. À cause de mon excitation de la veille, je n’ai pas bien dormi cette nuit. Je décide de foxé un des cours pour aller faire une sieste…

LE RÊVE n.1 – Le Diable.

Je suis debout dans la salle de méditation. Une grande salle blanche. Éclairage tamisé. Sur le sol, 80 tapis de méditation vides et bien cordés. Devant moi, les deux grands trônes en bois de nos deux professeurs. La salle est vide. Je suis seul. C’est le silence.

Une odeur de soufre passe dans mes narines.

Un homme, tout habillé de noir, entre dans la pièce. Il marche vers moi. Il est grand. Son ombre prend beaucoup de place et empêche la lumière de passer.

Je lui dis:
– Va-t’en d’ici le Diable! Tu ne peux plus rien contre moi. J’ai maintenant le contrôle sur mon esprit!

Il s’approche encore.
Je continue:
– Tu ne peux plus rien me faire! Je sais maintenant comment t’ignorer! Va-t’en!

Il lève lentement le bras droit. Son index pointe vers mon cœur.

Alors, il dit:
– Oh. Mais tu n’as aucune idée qu’est-ce que j’ai caché là-dedans.

À ce moment, je ressens quelque chose qui sort de ma poitrine. Je ne sais pas ce que c’est, car c’est caché par mon chandail. Comme une des créatures dans le film ALIEN de Ridley Scott, la chose défonce mon thorax comme un coup de poing. La silhouette se dessine. Ça ressemble à une tête de loup. Ça ouvre la bouche et je vois des dents aiguisées. Puis ça disparaît. L’envie de vomir me prend par la gorge. Je dégueule. Un genre de mille-pattes géant sort de ma bouche. Je ressens la chose traverser ma gorge. L’insecte de deux mètres de long finit par tomber par terre. Il rampe à toute vitesse vers mon tapis de méditation et se cache en dessous. En inspirant, et sous le choque, je me réveil.

De retour dans mon dortoir au centre de méditation. J’ai la gorge qui fait encore mal. Je suis réellement bouleversé par ce rêve. Mais bon, c’est juste un rêve. Non? La cloche qui annonce la prochaine méditation obligatoire se fait entendre. Je m’habille, je sors du bâtiment principal où sont les dortoirs et je marche les 50 mètres dehors, dans la neige, vers le bâtiment de méditation des hommes.

Je m’installe sur mon tapis. Position à genoux, les fesses sur un petit banc en bois. La séance commence.

Lorsque je ferme les yeux, je ressens une pression intolérable sur mon thorax. Je manque d’oxygène et j’ai de la difficulté à respirer. Mon cœur se débat. C’est intolérable. Je tombe, face première sur le plancher, je m’arrête avec mes mains juste à temps. J’ouvre les yeux. La douleur disparaît immédiatement…

Je me repositionne. Je ferme les yeux. La douleur revient sans attendre et je n’arrive toujours pas à respirer. C’est comme si d’un seul coup, je me retrouvais sur le sommet d’une montagne pendant qu’un ours polaire me marchait dessus.

Et c’est comme ça à chaque fois que je m’installe pour méditer…
Toute la journée.

Le lendemain, je prends rendez-vous avec le professeur pour discuter du problème. Ça fait déjà 12 heures que je médite et que chaque seconde est une souffrance. Il me dit de continuer ma bonne pratique. Tout est normal, selon lui. Il suffit que je continue à observer ma souffrance. Sans la juger. Sans changer quoi que ce soit. Sans bouger.

Ça va passer… tout finit par passer.

C’est l’ÉQUANIMITÉ.

Pour la deuxième fois, je n’ai pas dormi de la nuit. La souffrance refuse de disparaître. Équanimité, fuck off! J’essaie de méditer. Je complète difficilement les exercices. Le 3/4 du temps, je me ramasse les deux mains sur le plancher à essayer de trouver mon oxygène. J’ai envie de partir, mais bon.. Quand je suis arrivé ici, j’ai décidé de garder l’accent sur deux choses: suivre les consignes sans rouspéter et garder le maximum de discipline.

Donc, je continue pareil.

Après 3 jours de souffrance, j’en peu plus. Je décide alors de tricher une deuxième fois, car j’ai vraiment besoin de faire une sieste. C’est là que quelque chose d’étrange se passe…

LE RÊVE n.2 – La Maison

Je suis dans une maison. J’ai de la difficulté à me retrouver. J’étais dans le centre de méditation quelques secondes plus tôt. Où est-ce que je suis? Oh. Je comprends. Je rêve! Je commence à peine à reconnaître l’endroit… mais au même instant, je me réveil.

J’ouvre les yeux. Le rêve est fini. Je suis de retour au centre. Mais un instant… c’était la maison à mémé!?La maison où j’ai vécu presque 15 ans… jusqu’à ce que mémé nous quitte.

Je referme les yeux. Immédiatement, je suis de retour dans cet endroit. Là je ne dors plus. Je suis parfaitement réveillé. Je ne suis pas dans un rêve. JE SUIS EN TRAIN DE VIVRE UN SOUVENIR.

C’est une grande maison typique des Îles de la Madeleine. Deux étages avec un grenier et un sous-sol. Je commence par visiter ma chambre. Tout est semblable au jour de mon départ. Je décide que je veux revoir mon adolescence. Alors, les meubles changent de place, les étagères se transforment, des objets laissent leur place à d’autres… J’ai le contrôle conscient sur un souvenir inconscient.

J’ouvre les yeux. Je suis au centre de méditation.
– Qu’est-ce qui ce passe?

Je ferme les yeux. Je suis dans ma chambre.
– Qu’est-ce qui ce passe?

Je prends les objets un à un. Les touches. Les sens. Les regardes…
Tout est là. Chaque souvenir pour chacune de mes années passées ici s’y trouve…

Je décide de visiter la maison. Les autres chambres sont pareil, mais j’i ai moins de souvenirs. Puis la chambre à mémé. Selon les moments que je choisis de revisiter, je la retrouve là qui dort dans son lit, qui s’habille, qui prit, qui regarde par la fenêtre, qui regarde la télé endormie… mais chaque fois, elle est aussi fixe que les meubles. Elle n’est plus vivante. Je vais la retrouver ici et là dans la maison à différentes époques de ma vie. Toujours figée dans le temps.

Je vais fouiller dans le grenier, puis le sous-sol. Deux endroits qui m’ont longtemps terrifié la nuit. Deux endroits où j’ai également trouvé des trésors d’un passé qui ne m’appartenait pas. Que ça soit les uniformes, les médailles, les outils et les souvenirs à pépé, ou même un grand coffre avec des centaines de vieilles bandes dessinées à maman… Tout est là. Tout est plein de couleurs et de détails. Je sens les odeurs dans la maison. La poussière du grenier. Je ressens mes anciennes peurs. Je ressens beaucoup d’énergies dans ce vieux bâtiment.

Je passe devant le vieux piano droit à mémé. Ce piano qui, avant mon temps, a animé de longues veillées traditionnelles dans cette maison. Je n’ai pas vécu ce temps-là. Pour moi, ce piano a toujours été désaccordé. Je n’ai jamais pu en jouer, mais j’aurais vraiment aimé ça. Je me rappelle alors que chaque fois que je passais devant, je faisais un accord de Do bien simple avec trois doigts. Un Do dissonant et désagréable, qui m’a toujours fait rire. Je décide de le jouer.

Le son.
C’est pareil.
Je l’entends aussi claire que si j’y était.
Peut-être que c’est parce que j’y suit.

Alors, comme si je venais de faire la combinaison secrète pour ouvrir ma BAT-CAVE, ma boite à souvenir, ma boîte à émotions… Un puissant frisson me traverse la colonne vertébrale. J’ai les larmes qui montent. Ce piano me manque. Cette maison me manque. Cette époque me manque. Je ne me souvenais pas qu’il y avait autant de choses qui me manquaient.

C’est là que j’entends quelque chose sauter de mon lit et tomber sur le plancher du deuxième étage. Jusque là, j’étais le seul être vivant dans ce souvenir. Ça m’inquiète. J’entends clairement quatre pattes qui courent à toute vitesse au dessus de ma tête. Je pense au monstre qui a essayé de sortir de mon thorax quelques jours plus tôt.

Les quatre pattes descendent les escaliers.
À travers les poteaux de l’escalier, je vois une créature poilue.
Je n’arrive pas à voir c’est quoi.
Finalement, ça s’arrête devant moi, sur la dernière marche de l’escalier.
Ça me regarde droit dans les yeux.
C’est un chien.
C’est une chienne.
C’ÉTAIT ma chienne.

Elle s’appelle Caprice.

– Mais qu’est-ce que TU fais ici?

Caprice court vers moi et me saute dans les bras. Je peux sentir…

(Pendant que j’écris ces mots, je ressens encore physiquement chaque chose décrite. Ça m’a pris quelques jours avant de réussir à trouver le courage de finir cette partie du texte. À chaque mot je me mets à pleurer…)

Je sens son pelage entre mes mains. Chaque poil qui caresse ma peau. Je sens sa langue humide sur ma joue. Je sens son haleine de chien dans mes narines. Je la tiens de toutes mes formes. Elle est contente de me voir, comme si ça faisait…

Ça fait 13 ans qu’on ne s’est pas vue.

– Mais qu’est-ce que tu fais ici!?

J’ouvre les yeux. Je suis au centre de méditation. Je m’assois sur mon lit. Je sens l’émotion montée. Je sens que je vais vomir. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je m’habille en vitesse. Je mets mes bottes et je pars marcher dans le boisé à côté du centre, tout seul.

Cette chienne fut ma meilleure amie. Pendant une certaine période de ma vie, je me suis senti abandonné par tout le monde. L’adolescence étant ce qu’elle est. On ne m’invitait jamais nulle part, car j’étais très timide et j’arrivais difficilement à parler aux gens. Mes amis de l’époque trouvaient des excuses pour ne pas que je vienne ou ne m’en parlaient simplement pas. J’ai passé beaucoup BEAUCOUP de temps seul avec cette chienne. Je lui disais tout. NOUS parlions de longues heures ensemble chaque jour. Je dormais avec elle. Je l’emmenais partout avec moi. Je faisais même des courts-métrages avec elle. C’est la PERSONNE que j’ai le plus aimée dans ma vie. Puis ce sombre soir d’automne 2007 arrive. Je prenais la voiture pour aller à un atelier d’improvisation. J’étais en retard, c’est pourquoi j’ai oublié d’attacher Caprice pour pas qu’elle tente de me suive… ce qu’elle a fait sans hésiter une seconde. Je n’avais pas le temps de m’occuper d’elle. Je l’ai laissé courir. Normalement, quand ça arrivait, elle retournait d’elle-même rapidement à la maison. Mais pas cette foi-là. Une voiture arriva de l’autre côté et lui passa dessus à 70 km/h. Elle mourra sur le coup. J’ai appuyé sur les freins immédiatement et ma voiture a légèrement dérapé. Je ramassais alors son cadavre. J’ai été le porter à la maison. Sans me rentre compte de ce qui venait de se passer. J’ai conduit ma voiture jusqu’à l’atelier d’impro… C’est en me stationnant là-bas que j’ai craqué. J’ai pleuré comme je n’avais jamais pleuré avant (…) Quand je suis revenu à la maison, le cadavre avait disparu. Comme si l’accident n’avait été qu’un mauvais rêve. Mon père l’avait déjà enterré quelque part dans le boisé. Je n’ai jamais su où et je ne voulais pas le savoir non plus.

Je suis seul dans le boisé du centre de méditation. Je me répète en boucle:  »Mais ça n’a pas rapport! C’était quoi ça? Ça n’a pas rapport… »

Alors, je repense au piano et je mime l’accord avec mes trois doigts. Le son du Do dissonant résonne avec force à travers la forêt. Je me retrouve encore avec mon chien dans mes bras. je ressens toujours autant sa présence. Je la tiens dans mes bras. Je commence à pleurer. Je pleure autant que durant ce soir d’automne 2007. Je tombe à genoux dans la neige. Je pleure fort et sans gène. Mes larmes tombent dans la neige et se transforment en petites fleurs de glaces instantanément.

– Mais qu’est-ce que tu fais là!? Pourquoi t’es ici? Je pensais que t’étais parti? Ça à pas rapport. Qu’est-ce que tu fais là!? J’me suis tellement ennuyé de toi! Je m’excuse! Je m’excuse… C’est de ma faute! Je m’excuse tellement! j’aurais dû prendre le temps… j’aurais dû… 

Un rayon de lumière perce les nuages et passe au travers des branches des arbres sans feuilles. Je comprends ce qui se passe. Je comprends ce qui s’est passé. J’essuie mon nez et les larmes sur mon visage. Je regarde Caprice dans les yeux. Je prends une longue respiration. Je la sers fort dans mes bras et lui dis:

– C’est correct… Je t’aime. Je t’aime pour de vrai. Je t’aime encore.
C’est correct… Je ne t’oublierai jamais, c’est promis.
C’est correct…Tu peux partir maintenant.
Tu peux partir, si tu veux…

Si t’en a envie…

Le gong sonne. La prochaine séance de méditation va commencer bientôt. Je me lève et marche lentement vers la salle de méditation. J’entre. J’enlève mes bottes et mon manteau. Je marche vers mon tapis bleu. Je le regarde quelques secondes. Je prends une longue inspiration avant de m’asseoir. Je prends une autre inspiration et j’expire en fermant les yeux.

La séance commence.

Je respire lentement.
Je me sens léger.
Je ne pense plus à rien.
Je me sens bien.
J’ai l’impression de flotter dans l’air.

C’est pour ça que je suis ici.